La Liste Rouge de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) révèle la crise d’extinction des mammifères
Barcelone, Espagne, 6 octobre, 2008 (UICN) – L’évaluation la plus complète jamais réalisée des mammifères de la planète confirme la crise d’extinction : une espèce sur quatre est en danger de disparition, d’après la Liste Rouge de l’UICN des espèces menacées qui a été dévoilée lors du Congrès mondial de la nature de l’IUCN à Barcelone, Espagne. Grâce à la Liste rouge de l’UICN, on sait aujourd’hui de façon sûre que 12% des espèces d’oiseaux, 21% des mammifères, 30% des amphibiens et un tiers des espèces de conifères sont menacées d’extinction mondiale. La Liste rouge de l’UICN est retenue par la Convention sur la diversité biologique comme un indicateur privilégié pour suivre l’état de la biodiversité dans le monde.
On ne peut pas dire que cette nouvelle ait provoqué une grande émotion. Alors qu'elle constitue le symbole de la dégradation des écosystèmes.
La montagne de discussions du Grenelle de l'environnement, malgré le travail opiniâtre de Marie-Christine Blandin qui co-présidait le groupe sur la biodiversité, paraît pour l'instant avoir accouché d'une souris qui n'est pas très verte. Autrement dit, une biodiversité réduite au consensus : partout où l'on ne construira et n'aménagera pas, on vous promet de ne pas toucher à la nature.
Il est vrai que ni la protection active des espèces emblématiques ni celle des mammifères, des oiseaux, des batraciens et des plantes qui disparaissent en silence et dans l'indifférence ne donneront du travail aux entreprises de travaux publics. Tiens, au fait, où en est le plan ours, où en sont les projets de réintroduction ? Silence dans les rangs, on vous parle de choses sérieuses, c'est-à-dire des travaux d'isolation qui vont pouvoir contribuer à la sacro-sainte croissance. Sur le thème travailler plus pour détruire plus, ce qui ne donnera pas du boulot aux chômeurs. La nature, cher ami, elle, ne se comptabilise pas dans le PNB...
Alors que justement, la religion de la croissance est fatale à la biodiversité : elle ronge le littoral, augmente les surfaces artificialisées, grignote la montagne et banalise de plus en plus d'espaces dont les espèces visibles et invisibles se retirent sur la pointe des pattes. Dans les banlieues déjà saccagées, nous aurons bientôt droit à quelques supermarchés de plus, avec parkings et flots de voitures. Merci Attali, nouvel avocat de l'ultralibéralisme dont les avocats jurent que le marché peut tout sauver. Y compris les espèces sauvages. La carotte râpée sous vide quatre fois plus chère que la carotte en vrac va continuer à militer pour la sauvegarde de ce qui reste du milieu naturel !
Que la France soit, du point de vue de la biodiversité, la plus riche de l'Europe, ne préoccupe ni les élus ni les décideurs ni la majorité des Français. Toutes ces histoires de plantes, d'oiseaux et de mammifères sauvages les font sourire. La nature, c'est pour s'essuyer les pieds, pour organiser des pique-niques, pour le décor, pour installer des golfs, pour agrémenter les bords d'autoroute, pour les parcs bien léchés et bien fleuris ou pour les ronds-points municipaux aux végétations maigrelettes. L'essentiel n'est pas de préserver la nature mais de faire semblant en faisant bonne figure, avec photo dans le journal, aux concours des villages fleuris.
Résultat de cette indifférence qui perdure malgré le travail inlassable des naturalistes : 226 espèces d'oiseaux sont menacées en Europe et 155 en France. Pour les mammifères, 42 % d'entre eux sont en danger à travers une Europe dont le nouveau traité oublie sans complexe la nature et la biodiversité. Rien en dehors de la bouillie habituelle sur le développement durable. Il est évident pour la majorité des décideurs qu'il n'est pas question de s'appesantir sur les bestioles en danger ou qui disparaissent: cela ne rentre pas dans les comptes de la Nation et la Cour des Comptes n'est pas chargée de surveiller l'effectif des loutres. Pas étonnant dans ces conditions que la direction de l'environnement de la Commission de Bruxelles éprouve les plus grandes difficultés à mobiliser les pays pour atteindre ses objectifs d'ici à 2010 Les crapauds, l'aigle de Bonellie, l'outarde canepetière et le grand hamster disparaissent ? Où est le problème ? Ils ne sont pas près de se mettre en grève...
Il y a en France un nombre incalculable d’associations de « défense de la nature », très peu ont une efficacité certaine…A la suite du Grenelle de l’environnement le ministre Jean Louis BORLOO a mis en place des concertations régulières avec les associations de protection de la Nature. Pour ces dernières, le bilan n’est pas lourd, il est dramatique. Si leur stratégie de discussion et d’ouverture était louable, aujourd’hui elle n’est plus tenable face à une totale absence de résultat et le parti pris clairement affiché du Ministre de l’environnement. Molles dans leurs revendications, nulles dans leurs résultats, on peut se demander pendant combien de temps elles préféreront conserver leur place sous les dorures de la République. Elles devraient avoir des prises de positions fermes et sans ambiguïté et commencer, à la vue des résultats,par claquer la porte de tables rondes où elles ne servent que de faire-valoir.
Quand à l’écologie politique il y aurait fort à dire sur leurs velléités d’une défense de la diversité biologique : En fait, tout le monde s'en fout !
Par
Claude Marie Vadrot, auteur de : Espèces en Danger, enquête sur la biodiversité française. (Éd. Les carnets de l'info) et
Christian Conrad Naturaliste, chargé de missions à l’association APIFERA.